Lundi 4 octobre

Première sortie scolaire de l’année : festival du film britannique à Dinard. Il fait beau, et le bateau traverse joliment la baie de Saint-Malo pour nous amener voir deux films britanniques, donc, et sympathiques, pour la rime.

J’aime bien les sorties scolaires parce qu’elles permettent d’observer d’autres facettes des élèves. Facettes cette année sacrément dissimulées par le nombre, les masques et l’arrivée dans un nouveau bahut. Facettes qui révèlent qui permettent aussi de dissiper certains fantasmes. Comme tous ceux que j’ai rencontrés jusque là, ces élèves se chambrent ou s’insultent, se prennent en photo et, laissés à eux-même courent s’acheter des glaces. Beaucoup de glaces.

Ces élèves, aussi, témoignent ce bizarre attachement envers les adultes qui les répriment. Durant la deuxième projection, je viens m’asseoir entre Kyle et Roy qui, après multiples remarques, continuent à se servir de leurs portables histoire de checker la progression de leur carrière d’influenceur et à hurler le mot rosbif à chaque fois que le mot “britannique” ou “anglais” est prononcé. Le tout en niant, bien entendu, qu’ils sont responsables de quoi que ce soit, c’est pas vrai monsieur, pourquoi c’est nous. C’est donc avec mon plus beau sourire sadique que je les rejoins. Résultats des courses : ils me collent durant tout le retour, réclamant avec une insistance troublante un selfie en ma présence pendant que je fais le signe de Jul (cette demande me fait rire très longuement et très fort, pour leur plus grande perplexité).

Petite pause avec les collègues, le temps d’un café. Trois personnes avec qui j’ai échangé quelques mots à peine depuis le début de l’année, aléas du lycée. J’aime bien aussi, sortir pour ça.

Et au risque de passer pour un vieux ronchon, j’envisage aussi, au cours de lendemain, de toucher quelques mots à la classe de la notion de compulsion. Deux films de deux heures, c’est long. Les mains de très nombreux élèves se tendent vers les portables. Sans intention méchante. Par automatisme. “Mais deux heures monsieur, deux heures c’est trop long, à ne rien faire !” Et ils sont nombreux à me tenir ce discours. Aller au cinéma, être captif d’une réalisatrice ou d’un acteur, ça ne va pas de soi. Même au lycée.

La journée passe à toute vitesse. Et je rentre épuisé, comme après une journée de cours. J’ai fait plus de trois fois les six mille pas quotidien recommandés par ma montre. Tant physiquement que mentalement.

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