Mardi 5 octobre

À la liste de mes immaturités, il me faut ajouter celle-ci : j’ai systématiquement besoin, quel que soit l’établissement dans lequel j’enseigne, d’éprouver de l’admiration pour un⋅e collègue. La matière importe peu. Et à chaque fois, la raison change.

Au lycée Gallia, à ma grande surprise, il s’agira de B., dont j’avais déjà parlé. Nous aurions sans doute peu à nous dire en dehors du boulot. Mais lorsqu’elle se met à parler de sa matière, de notre matière, le temps s’effrite. Quelques écailles de l’urgence se détachent, à travers lesquelles se trouve encore le lycéen névrosé et passionné de 1ère L, promotion 2000 dans un petit bahut du Finistère. B. sourit, se traitant sans cesse de paresseuse. Elle pourrait prétendre à la retraite et, chaque année, repense sa méthode d’approche des textes. Mais à la limite, ça on s’en fout. Ce qui compte, c’est sa façon d’évoquer Baudelaire et à quel point la vie de quartier de Rennes a changé. C’est lorsqu’elle me dit “ce serait bien que tu restes, pour qu’on puisse continuer à échanger”, après qu’on ait évoqué nos poèmes favoris de Césaire. C’est son rire à la fois épuisé et émerveillé. Le français porte B., à travers les années et les réformes.

“Il y a qu’en travaillant beaucoup que tu t’en tireras.” m’a-t-elle dit, après m’avoir grondé en me voyant jouer sur mon portable, pendant la pause de midi. J’ai rigolé, gêné comme un grand ado. Et admettant, comme un collègue, qu’elle n’avait pas tort.

B. a le même pouvoir que ces cours que j’adorais en lycée : elle annihile le temps et la distance. Et tant pis si le monde rigole de nous, tant pis si ça peut sembler incompréhensible, on évoque un champ d’étoiles, les mots. Et, pour quelques éclats, on sait à quel point rien n’est plus important.

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