Mardi 12 octobre

“Mais monsieur, on joue !”

Je ne pensais pas que cette phrase-là aussi me suivrait en Bretagne, et plus particulièrement au lycée. En plein milieu du hall, juste à côté du piano, devant une troupe indifférente – ceux sur leur portable, celles qui discutent du dernier cours, ceux qui s’apprêtent à rentrer chez eux… Deux premières jambes et bras entremêlés, le genou de l’un à quelques millimètres de l’estomac de l’autre. Et ma voix est sortie, en aboiement.

“Tu arrêtes !”

Cette voix n’est pas à moi, je n’ai ni la capacité ni les poumons pour la mobiliser. Cette voix, c’est celle de monsieur Vivi. Il me l’a prêtée un jour, près du canal du Collège Ylisse, alors qu’on rentrait tous les deux en voiture et que la même scène se déroulait. Ils étaient plus petits, mais rien d’autre.

“Mais monsieur, on joue !”

Et là aussi, Monsieur Vivi m’a appris a enfoncer ce dérisoire bouclier.

“Il a l’air de jouer, lui ?”

La victime du coup se recule, l’air gêné. Bien sûr qu’il ne prendra pas le parti du prof. Même au lycée, ça craint. Mais il en profite pour reculer et se perdre dans la foule. L’autre môme me fait face, un peu merdeux. Je le foudroie du regard. Lui administre les mêmes reproches. Même silence contrit, mêmes excuses, même “Non, tu t’excuses auprès de lui !” Voussoiement oublié pour le coup.

“Mais monsieur, on joue.” De tout ce que j’ai abandonné, j’aurais bien laissé ces mots derrière moi.

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