Jeudi 14 octobre

Parfois, les élèves ont les questions les plus simples du monde :
“Monsieur, pourquoi vous êtes prof ?”
Parfois, je n’ai pas besoin de réfléchir
“Parce qu’il n’y a pas deux jours qui se ressemblent.”
Je pourrais développer. Expliquer, par exemple, qu’aujourd’hui j’ai découvert l’amphithéâtre du lycée Gallia (il était 8 heures, beaucoup trop tôt), où les élèves ont joué leurs adaptations d’Œdipe, et c’était doux.
Que les 1ères Tritox, pour la première fois, ont compris que je ne pourrai pas tout leur donner, qu’ils vont devoir chercher de leur côté le sens, dans les textes au programme, et que quand ils y parviennent, j’éprouve à leur égard une véritable admiration.
Que ces mêmes élèves ont subi en ma compagnie un exercice anti intrusion. Que pendant vingt minutes, on s’est bizarrement regardé sous les tables, et que quand j’ai lancé, en fin d’entraînement, “allez le troupeau de yacks, on s’y remet !” ils ont rigolé comme des collégiens.
Que, fait inédit, les premières Vulcanion se sont montrés respectueux avec moi, après que je les aies battu froid pendant une heure. Et que j’ai senti un soulagement. De la part d’énormément d’élèves écrasés par les mêmes grandes gueules, y compris des mômes que j’avais un peu trop vite étiquetés comme glandeurs.
Que j’ai enfin échangé quelques mots avec l’AED qui, tous les matins, joue merveilleusement du piano. Qu’on a discuté d’Ezia Polaris et qu’on doit aller prendre un verre à la sortie du boulot.
Je pourrais dire que chaque jour est un monde. Dans lequel j’ignore totalement quelles constellations je devrai suivre. Peut-être, sans doute, existe-t-il foule d’autres métiers similaires. Mais si, dans celui-ci, chaque nouveau matin m’offre de quoi étendre les frontières de mon univers intérieur, pourquoi devrais-je m’en lasser ?