Mardi 19 octobre

À un moment il fallait bien que ça arrive : les Premières Tritox se retrouvent devant leur première évaluation de deux heures de l’année, objectif rédaction partielle d’un commentaire composé.

J’ai tout fait pour les préparer, je leur ai signalé que c’était un passage délicat à négocier, les ai accompagnés dans la lecture du texte, puis du sujet : maintenant, c’est à eux de jouer. Et je pense que le terme jouer est on ne peut plus mal choisi : quelques minutes après le début de l’épreuve, les visages se tendent, les sourcils se froncent et les corps se redressent sur les chaises. Presque tous les mômes comprennent qu’ils sont là face à un moment critique et compliqué de leur parcours scolaire.

Et, appuyé au bureau, je bouillonne. C’est une partie de mon métier que je déteste : ce moment où je dois les laisser se débrouiller tout seul. Qu’ils nagent ou qu’ils coulent, comme disent les britanniques. Et, là, forcément, beaucoup vont couler. Ou du moins se débattre, dans l’eau qui menace de les engloutir. Mais, même si je hais cette théorie du mal nécessaire, j’ai l’impression qu’ils doivent en passer par là. Une petite voix perverse me chuchote que si j’avais vraiment fait mon boulot, il ne marneraient pas autant. Une autre proteste que l’entraînement ne peut pas tout. Qu’à un moment, ils doivent se retrouver seuls, à tracer leur chemin dans cette forêt de mots, soigneusement plantée par Corneille. Mon boulot sera après. Des corrigés de copies : trouver les bonnes remarques, rassurer, féliciter, avertir.

Mais pour le moment, je ne suis pas le protagoniste. Et je les laisse vivre leur bataille.

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