Mardi 26 octobre

L’un de mes plus grands regrets par rapport à ce remplacement au lycée Gallia, c’est qu’il prendra fin et que je serai toujours un prof de collège.
C’est qu’on ne sort pas de treize années à enseigner à de petits adolescents comme ça. J’ai beau me sermonner mentalement, me dire qu’il y a le bac à la fin de l’année, qu’ils sont trente-cinq, qu’ils ont – théoriquement – choisi d’être là, je fonds trop souvent comme un camembert méditerranéen (sauras-tu trouver cette référence de la BD franco-belge ?).
Au collège Ylisse, j’ai pris des réflexes. Ni bon ni mauvais, juste nécessaires pour bosser là-bas. Tenter de susciter l’intérêt. Se montrer toujours surprenant. Insister sur les rituels mis en place pour bosser. Désamorcer immédiatement ce qui pouvait ressembler à un embryon de conflit. Reformuler trois ou quatre fois les explications. Et surtout, ponctuer presque chaque phrase de “tout le monde suit ?”
Moyennant quoi, il est très possible que mes cours de lycée manquent d’efficacité. Je devrais probablement aller plus vite. Ne pas hésiter à plonger plus souvent dans le cours magistral – dont les élèves sont demandeurs – et, tout simplement, les traiter davantage en adultes. Mais c’est compliqué. Lorsque je les vois prendre laborieusement des notes, ou que je sens que quelques-uns sont en train de décrocher, les rouages internes de ma pédagogie grincent. “Continue. Continue ils rattraperont, ça fait aussi partie du jeu. Ou ils viendront te voir, c’est aussi ça être adulte.”
J’ai l’impression d’être un sprinter à qui on demanderait brusquement de commencer l’endurance. Je sais comment fonctionne le mécanisme de la course, beaucoup moins le rythme. Comme je l’évoquais dans un billet précédent, je me retrouve très souvent, en salle des profs, à discuter avec les stagiaires ou les néo-tits. Et hormis le fait qu’ils sont géniaux, je suis dans leur situation : je tâtonne. Et c’est toujours tâtonnant que je quitterai le lycée Gallia.