Lundi 8 novembre

Et parfois, ça fonctionne.
Tu n’as pas choisi un sujet que tu maîtrises particulièrement bien. Mais pour tout un tas de raisons, ce texte a résonné lorsque tu l’as lu pour la première fois. Et c’est peut-être cela que tu cherches à expliquer aux élèves. Les notes de noisetier et de chèvrefeuille, dans le lai. Bien sûr, tu explique chèvrefeuille. Et lai. Tu expliques – même si ça fait beaucoup – la matière de Bretagne, et surtout la légende de Tristan et Yseult. À ta façon, avec moult détails et quelques blagues. Ils rient gentiment.
Il n’y a que quelques questions, très simples. Les questions que tu t’es posées en lisant le texte. Pourquoi ne parler que de ce minuscule épisode dans l’histoire des deux amants, pourquoi cet étrange rebondissement, à la fin ? Un personnage de fiction écrivant sa propre histoire… Toi tu y es sensible, à cette déflagration, un Tristan imaginaire dont on nous fait croire qu’il est réel. Mais est-ce qu’en seconde, tu en aurais eu quelque chose à faire ?
*Fais-leur confiance, il en suffit d’une, il en suffit d’un.*
“Monsieur, c’est très bizarre, cette fin, non ?”
Il en suffit d’une. Tu te souviens de paroles échangés, un soir.
“C’est ça qui est beau, avec la littérature médiévale. La réalité et la fiction sont au même niveau.”
Et tu vois leurs yeux s’écarquiller. Tu ne sais pas par quel miracle, mais c’est comme un grand manteau d’étoiles qui se déploie. Ce long poème d’amour entre la reine et le chevalier rend cette possibilité envisageable. Qu’un Tristan de papier soit sorti de sa propre histoire pour en devenir l’auteur.
“Mais où elle a trouvé ça, Marie de France ?
– C’est impossible à dire. Mais c’est aussi le propre des auteurs importants, d’aller chercher une idée dans toutes celles qui traversent l’humanité, et de l’illuminer par l’écriture.”
Je suis dans la métaphore imbitable. Mais ils sont dans cet état, rare, précieux, où ils peuvent saisir la métaphore imbitable. Ils sourient et notent. Ils notent parce qu’on travaille ça, justement, la prise de notes.
“En fait, c’est une TristanInception !”
Des rires, sur une autre tonalité. Le moment est terminé et c’est normal.
Parfois ça fonctionne. Pas très longtemps. Mais ces moments ne sont pas que des éclats, du carburant pour quand ça va mal. Ils sont les fondations sur lesquels nous bâtissons, ensemble, leur classe.