Mardi 9 novembre

Drôle d’ambiance en salle des profs, en ce moments. Quand il m’a vu arriver, tout au bout du couloir, F. m’a fait coucou. Je lui ai mis le vent du millénaire, ne portant pas mes lunettes et pensant que c’était un élève qui en saluait un autre.
“Ne t’en fais pas, m’a-t-il gentiment fait, après que je me sois excusé sept millions de fois, je pensais juste que tu partais aux vacances.”
Apparemment il n’était pas le seul. Je suis accueilli avec des sourires – agréablement, espérons-le – surpris cette semaine. Un peu comme lors du bis d’un chanteur (là s’arrête toute ressemblance entre moi et un chanteur, je vous l’assure). J’étais un souvenir, j’acquiers à nouveau de la substance. Ces marques de gratitude agissant sur mon effroyable besoin de validation, elles me font bien entendu plaisir. Mais m’attristent aussi un tout petit peu : j’ai l’impression très immature d’une injustice. Dans la mesure de mes moyens, je me suis donné à ce poste. Et j’ai la sensation de m’être bien intégré : les élèves progressent, les collègues connaissent ma bobine, j’ai réussi à mener quelques petits projets.
Et dans désormais huit jours et demi de cours, je partirai.
Il est interdit de s’en plaindre, c’est la règle : le dévouement ou la performance n’y sont pour rien et, d’une certaine manière, cela permet une équité de traitement face aux mutations.
Malgré tout, j’ai eu un méchant pincement au cœur quand, en première, j’ai constitué moi-même des groupes de travail :
“Je signale que ma voiture est garée par-là, c’est un C4 blanche, si vous voulez aller me crever les pneus, après le cours.”
Ils ont tous rigolé. Se sont installés avec ces gens qu’ils connaissent peu. Et ont bossé comme des reines et des rois.
Je vais les regretter.