Jeudi 18 novembre

Une semaine avant mon départ, je discute avec l’une des CPE du collège. Comme beaucoup de collègues, elle est attentionnée et me demande où j’irai après ce remplacement (je ne sais pas), et d’où je viens (ça je me rappelle).

“Tu as enseigné à E. ? Moi aussi, durant huit ans !”

Il nous faut sept minutes à peine pour évoquer nos souvenirs, les lieux familiers, les élèves et les expériences partagées. “Connivence d’anciens combattants.” me souffle à l’oreille un démon cynique, à moins que ce ne soit ma santé mentale. Il y a dans ce bref et intense dialogue bien plus de nostalgie que de soulagement. Rien que de très logique. C’est dans la physique des souvenirs, que de voir cristalliser les bons moments et s’adoucir les pires.

Mais elle comme moi, je pense, parvenons à garder une certaine lucidité sur ce que nous avons vécu : ce n’est pas un syndrome de Stockholm enseignant. Seulement, ces années en région parisiennes ont été trop intense, trop exigeantes en énergie vitale pour se contenter de les oublier, ou d’en faire une autre pièce dans le musée de la nostalgie. Nous en avons fait tous les deux comme un cristal, à travers lequel se reflèteront nos expériences professionnelles à venir. Avec le temps, bien entendu, le cristal se ternira. Mais en attendant, il nous confère un regard un peu différent sur le lycée Gallia.
Pas de quoi se sentir supérieur. Juste une autre façon de voir les choses. Et multiplier les points de vue, les lignes de fuite, c’est toujours bon.

On choisit d’être plus riche de nos fatigues. C’est ce qu’on peut se souhaiter de mieux.

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