Vendredi 19 novembre

Au bout du téléphone, il y a la voix de la collègue que j’ai remplacée depuis septembre. On fait la “passation”. Je sais pas pourquoi, j’ai toujours trouvé que ce mot avait une sale gueule. Je tente de me la jouer pro : les points du programme abordés, les notions à revoir, les élèves auxquels il est nécessaire de prêter attention (là, la collègue fait assez souvent “hou là là”)…
J’ai le seum, comme disent les jeunes (les jeunes ne disent plus ça. Les jeunes ne disent pas les jeunes). Et surtout, j’ai vraiment pas envie d’aller bosser la semaine prochaine. Depuis un moment, ma motivation ressemble à une suite de balises, placées à intervalles réguliers : cette semaine là, j’étudierai tel texte. La prochaine, on aura l’oral d’Émilia. Et puis l’activité dans l’amphithéâtre…
Là, il ne reste plus rien. Juste corriger les dernières copies, régler les affaires courantes, et fermer la porte derrière soi.
Je sais hein. Je sais que je fais encore du drama, que tout se passera sans doute très bien. Dans quelques semaines, je serai probablement en train de baver d’attendrissement devant des collégiens choudoudous (ou de me dépeindre en paladin contre d’affreux gobelins adolescents).
Mais en attendant, j’ai besoin de râler contre les conditions de boulot des TZR, de trouver que tout ça n’est pas juste, bref de faire du boudin.
Ça n’est la faute ni de la collègue, ni des mômes, ni du bahut. Alors je me donne un vendredi soir pour grommeler. Et à partir de demain, je tenterai de redevenir prof. Parce que j’aimerais soigner la fin. Parce que les fins, comme le dit un personnage de Doctor Who, c’est triste, et c’est beau.