Lundi 22 novembre

Exploration, avec les secondes, d’une fable de La Fontaine, “Le loup et le chasseur”. C’est marrant, de voir la réactions des élèves qui étudient La Fontaine au lycée. Ils s’attendent à de rigolotes historiettes sur des animaux et bam ! (hashtag Alexis Matteo), on se retrouve à analyser des constructions grammaticales aussi tordues qu’une réforme budgétaire.
“Bon, alors là attention, parce que c’est difficile.”
C’est un terme que j’emploie souvent, difficile. Il me sert de piolet pour casser un mur.
“J’ai passé énormément de temps sur cette tournure, et j’ai encore des doutes sur son interprétation.”
L’idée n’est pas de passer pour le toto de service, ou de faire dans la démagogie, mais de leur faire comprendre, une fois de plus, ce que je considère comme une vérité fondamentale : l’égalité des lecteurs face à un texte. Il n’y a pas d’asymétrie dans notre lecture, eux peinant à escalader les subordonnées destructurées du père La Fontaine et moi me baladant sur les crêtes du texte les doigts dans le pif. Face aux mots, je ressens toujours, dans un premier temps, le même sentiment de vertige. J’ai juste plus d’expérience, j’ai juste l’habitude de ce sentiment. Le temps, la pratique. Et les outils bien entendu. Mais tout ça s’acquiert. Se partage. Aucun prof de lettres n’y arrive parce que c’est devenu facile pour lui, passé un certain niveau d’études.
Alors ouais, les guider sur les chemins qu’on a balisés. Pointer les endroits sur lesquels on a trébuché, parfois, où les laisser se rendre compte de l’impasse. Mais ne pas leur faire croire que c’est facile, de lire. Parce qu’alors, où serait l’aventure ?
***
Retour en salle des profs. J’apprends à V. à se servir de la cafetière, une grosse cafetière réconfortante de diner américain.
“Au moins tu m’auras transmis ça !” rigole-t-elle.
C’est rigolo en effet, mais pas que.