Jeudi 25 novembre

Six heures de cours. Deux fois deux heures à chaque fois. Ça fait de très longs adieux. Des adieux tous différents, tous touchants. De la première qui se rend compte que c’est leur dernier cours quand je leurs dis au revoir à la seconde qui me tend un T-shirt rempli de petits mots, en passant par une autre première et leur livre d’or.

Comme souvent dans les moments où je risque le trop-plein d’émotion, mon esprit s’est mis à distance. Le dernier texte que j’ai étudié pour le bac de français est celui des aveux de Phèdre, celui où elle se sent “aliéné” (pour faire deviner le mot, j’ai fait le geste de l’alien sortant du bidou, ma crédibilité n’étant plus un problème à ce stade de mon remplacement). Approprié. Je regarde de l’extérieur, comme sur cette vidéo que me montre une élève, Monsieur Samovar quitter le lycée Gallia. S’extraire de ce nuage d’émotion avant qu’il ne prenne trop fort à la gorge.

Je quitte le bahut, comme n’importe quel autre jour. J’y reviendrai demain, une heure, pour un conseil de classe. Ça continue et pourtant c’est fini. Ça a été mon premier poste en lycée, des classes somme toute idylliques, des élèves qui se sont montrés presque tous réceptifs à mes tentatives de leur enseigner. Des collègues agréables, doux et chaleureux. Une vie scolaire au top. C’est comme une symphonie qui se termine. Addition of light divided chante Tori Amos, ça aussi, approprié.

Je constate à quel point je suis privilégié, d’avoir fait ces rencontres. Et pourtant ce soir, j’ignore ce que je ressens. Trop d’émotions contradictoires. Pour ce soir, et pour une fois, au moins, je n’ai pas les mots.

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