Mardi 30 novembre

Soyons clairs : mes cours de la journée sont assez nazbroques. On aurait pu penser que, prolongeant tout simplement mon remplacement, je n’aurais aucune difficulté à reprendre les cours de classes qui sont toujours “les miennes”.
Seulement, ce que j’appelle “mes tâches de fond” se sont arrêtées dès jeudi soir. En règle générale, un logiciel mental tourne en permanence sous mon crâne. Une partie de mes pensées se dévouent à affiner un cours, à réfléchir, presque inconsciemment, à la façon dont je pourrai aborder une notion, faire passer un concept compliqué. C’est, je pense, ce logiciel qui est responsable de mon état d’épuisement à la fin des périodes. Qui est responsable de l’épuisement de beaucoup de collègues en fait. Un sacré poids sur la charge mentale.
En contrepartie, c’est aussi ce travail permanent qui rend, je le dis toute honte bue, mes cours plus fluides, qui permet les blagues qui font mouche, les exemples qui éclairent un cours autrement alambiqué ou sombre.
Et je sens, durant toute cette journée du mardi, que la machinerie grince. Mes élèves sont heureusement indulgents et tentent de suivre un cours compliqué sur un sujet aride. Mais je sens le flottement. L’unité habituelle n’est pas là. Il me faut réinitialiser mon processus mental. Que trois jours de mise sous tension ont suffi à rouiller.
J’ignore si cette pénible analogie parlera à beaucoup. Mais si parfois je chancelle, dans ce boulot que j’aime tellement, je crois que c’est avant tout en raison de cette petite musique permanente, que mon cerveau doit jouer pour maintenir l’harmonie.