Lundi 6 décembre

“On n’arrive pas à se débarrasser de vous !” rigole Imeya en entrant en classe. Les secondes Volcanion s’assoient dans un désordre qui commence à m’inquiéter un petit brin.

Le hasard a fait que je resterai au moins jusqu’à Noël au lycée Gallia. C’est un privilège. Mais ce privilège a un prix. Il faut dire ce qui est : j’ai eu tendance à lâcher un peu, au niveau de la rigueur, ces dernières semaines. Ne sachant ni où j’allais, ni vers où je devais mener le navire, j’ai lancé des activités moins exigeantes, faciles à conclure si jamais je devais changer d’établissement du jour au lendemain.

Maintenant que je suis responsable des élèves pour au moins deux semaines, il faut s’y remettre, sérieusement. Durant deux semaines notoirement délicates au niveau de l’attention. Et c’est là que je dois faire face à mes contradictions : intellectuellement, je sais que je me dois d’être exigeant, et parfois intransigeant, lorsque je fais passer des notions compliquées. Ici, en l’occurrence, la méthodologie de la dissertation. Parce qu’il existe des passages du programme aux contours abrupts. Qui nécessitent que l’on soit le guide incontestable du navire : rédiger une problématique, dégager un plan, ça ne se fait pas au pif. Donc il y aura des exercices pas toujours rigolos, pas toujours facile à habiller du vernis un peu improbable, un peu fun qui est habituellement ma poudre magique.

Mais même si je sais parfaitement tout cela et que l’expérience me l’a maintes fois démontrée, une partie très immature de moi a littéralement l’impression de crever lorsque je deviens ce prof. Il n’y a aucune excuse : je fais mon boulot. Et imposer des règles, des cadres stricts est l’un des aspects du job. Mieux : il est aussi un pacte de confiance avec les élèves. La certitude qu’on leur apporte quelque chose d’important.

Peut-être n’y a-t-il besoin d’aucune explication : cette autorité aux angles plus aigus, à la voix moins douce est l’un de mes points faibles. Je construis autour. Je sais, en l’approchant, que je suis sur la bonne voie. Ce n’est pas du masochisme, juste accepter que l’on enseigne avec tout ce que l’on est. Et jamais, jamais les collègues, se sentir petit ou diminué de ne pas y arriver cette fois-ci. Il y a plein de façon d’y parvenir.

Alors demain, j’aurai probablement l’impression de me noyer.

Mais même si c’est contre-intuitif, c’est là qu’il faut prendre une grande inspiration. Et continuer.

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