Jeudi 9 décembre

Il y a quelques mois, quelqu’un m’a écrit qu’il ne se sentait pas en symbiose avec lui-même. Certains mots se figent instantanément dans l’ambre de la réflexion, ils occupent un vide jusqu’alors douloureux. Se sentir en symbiose avec soi-même. J’y aspire profondément, et ignore comment y parvenir de façon durable.
Mais ça arrive. Parfois au boulot.
Quand tu as décidé, cette fois-ci, de préparer ton cours de manière impeccable. Dont les tableaux et les activités sont impeccables, pas parce qu’ils maîtrisent les tableaux et les listes à puce, mais parce qu’ils ont bossé leurs textes à fond, et qu’il en ressort une pensée claire, accessible, et qui se transcrira donc, limpide, sur un écran d’ordinateur.
Ou un bout de post-it.
Et que ça fonctionne.
Quand tu n’as pas oublié, malgré tout, tes réflexes grignois. Et que tu te rappelles M., jamais fébrile devant les classes qui tentaient de prendre le pouvoir. Mais jamais non plus dans le désir de vengeance. Et que tu leur mets cher au niveau du travail. Pas par rancœur ou autoritarisme. Juste pour leur rappeler pourquoi ils sont là, pour rassurer ceux qui veulent bosser et reposer le cadre pour ceux qui déconnent.
Quand tu retrouves ton équipe de collègues de français. Ouais, même si tu es TZR, même si tu risques, de semaine en semaine, de partir, ils sont devenus ton équipe. Que B. te fournit, à quinze minutes de ton début de cours, LE document qui le complète admirablement. Que C. te propose une mise en commun simple, humble et efficace des ressources pour préparer le bac. Que tu as envie d’aller boire un verre avec A. pour débriefer de la semaine.
Parfois, il y a des jours fatigants, mais où tu n’as pas eu besoin d’aller contre toi. Contre ta pensée.
Tu espères aussi, pour terminer, que ceux qui ne sont pas en symbiose avec eux-mêmes connaissent ce genre de moments.