Mercredi 15 décembre

Ce qu’il peut y avoir de pénible, quand on est TZR, ce sont les listes de diffusion. Les établissements par lesquels nous sommes passés oublient parfois de nous retirer de leurs listes, ce qui fait que l’on se retrouve un beau soir avec dans ses mails une demande particulièrement glaçante de remettre la télécommande du vidéoprojecteur de la salle 205 à sa place, quand bien même on y a pas mis les pieds depuis mars dernier.
Depuis quelques semaines, je reçois des mails du collège Nohr, où j’officiais l’année dernière. Pour le mois de décembre, un jeu semble avoir été lancé, où chaque collègue doit prendre soin d’un autre, anonymement.
Ça va en faire ricaner certains, ça fait très film de Noël meets la culture d’entreprise. Je n’ai pas rigolé. J’ai souri, parce que ça m’a rappelé… l’intégralité de mon parcours dans l’enseignement en fait. Blanche Dubois a toujours compté sur la gentillesse des étrangers et j’ai toujours pu, tous les ans, compter sur la gentillesse de collègues. Que ce soit celle de M., lors de ma première année, où je faisais littéralement n’importe quoi et que j’en souffrais. Et qui m’a donné des bases, juste assez pour tenir. Où J. deux ans plus tard, qui m’a métaphoriquement pris par l’oreille pour me faire comprendre que si je continuais à traverser la profession comme ça, j’allais dans le mur. Et sans qui je serais probablement en train de me lever tous les matins la boule au ventre parce que je ne me sentirais pas le cran de démissionner.
Je pense à J-M, qui a été mon mentor de rigueur et de gentillesse, à I., qui m’a terrifié autant qu’elle m’a apporté. Je pense à T., qui a été mon compagnon de routes plusieurs années, à Monsieur Vivi, avec qui on a réussi a créer du beau avec nos élèves.
Et puis, l’âge venant, ces collègues, plus jeunes que moi, capable de tellement me donner. Le Chevalier, qui a écrit le début d’un nouveau chapitre dans ma manière d’enseigner, plus précis, plus ambitieux, plus passionné et A., qui m’a amené à regarder tout ce que j’avais appris jusque là d’un regard nouveau.
Cette gentillesse – et je sais que je provoquerai un tollé en disant ça – est inhérente à la profession. Non pas qu’être prof, c’est être forcément gentil. Mais tant de situations poussent à l’être. La difficulté face à des classes. Le fait de vivre les mêmes expériences. Le goût pour ce que nous enseignons.
À Nohr, en ce moment, ils se rappellent de prendre soin les uns des autres. Je trouve ça chouette, en cette période où il fait froid.