Dimanche 26 décembre

En raccompagnant ma sœur chez elle, je repasse devant l’établissement où j’ai fait mes deux années de prépa. Pendant longtemps, j’ai éprouvé un sentiment Janus, en longeant les murs défraîchis. Joie d’avoir autant découvert. Regret de ne pas en avoir “assez profité”, rétrospectivement. Peut-être aurais-je pu m’investir davantage, peut-être aurais-je pu hésiter moins longtemps avant de me lancer dans l’enseignement, peut-être…

Pas cette année.

Cette année, pour la première fois, je décide de ne pas faire insulte au temps donné, au temps passé. Le parcours tout cabossé, celui dans lequel ma vie et mon métier se confondent, m’appartient. On ne perd que les années que l’on décrète inutiles. Et ces années ont des visages comme autant de battements de cœurs, certains sereins, d’autres frénétiques : G., S., Lady T., T., Monsieur Vivi, le Chevalier. Peut-être aurai-je l’agrégation cette année ou l’année prochaine, quand d’autre l’ont passée à vingt-trois ans, ou peut-être pas. Peut-être suis-je à un tournant de mon boulot de prof, peut-être vais-je poursuivre sur cette lancée déployée contre le bleu-gris du ciel brestois.

J’ai trente-neuf ans, et suis descendu de la voiture. Je marche devant les grilles du lycée. Qu’est-ce que ça chantait, dans Hamilton ? “Ce n’est pas un moment, c’est un mouvement.” Et les regrets s’égrènent en cet élan. Je suis de retour. Pas par nostalgie, juste pour me souvenir que je suis passé par là. Pour faire signe au petit mec d’il y a vingt hivers, dans sa chambre d’internat. N’aie pas peur. Ce qui compte, ce n’est pas de prendre les bonnes décisions, c’est de réussir à les aimer, en fin de compte. On met du temps, mais on y arrive. Je pourrais rester et te raconter, te raconter les étapes que tu vas traverser, les gens qui te rendront meilleurs, les mômes que tu découvriras. Mais fais le chemin tout seul. Ça vaut le coup. En plus, j’ai ma route, notre route à poursuivre.

Je redémarre. Brest m’a offert un dernier cadeau.

Ce n’est pas un moment, c’est un mouvement.

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