Lundi 27 décembre

“Mais qu’est-ce qui vous dérange le plus, dans l’Éducation Nationale ?” m’avait un jour demandé une inspectrice de Sciences de la Vie et de la Terre, avec qui on discutait de l’avenir du latin (la réforme du collège 2016, ce moment où le surréalisme régnait en maître dans les établissements scolaires)

J’ai commencé par arrêter de claquer des dents – cette femme me terrifiait – et je me suis entendu répondre : “Les strates”.

Et presque six ans plus tard ma réponse n’a pas changé. Bien au contraire. Depuis que je suis entré dans le métier, je vois s’empiler, tous les ans ou presque, des changements dans la fonction de prof, sans que jamais une révolution ne vienne chasser la précédente. C’est peut-être ça le paradoxe : ministres, recteurs et inspecteurs se succèdent, prétendant remettre les choses à plat. Mais ils construisent sur des scories : on doit revenir aux savoirs fondamentaux sans que la mise en lien des discipline n’ait été enterrée ou entérinée, on doit se consacrer avant tout à notre champ d’expertise mais on continuera à exiger que la pédagogie soit l’objectif numéro 1. Et avec la pandémie, le discours implicite est que nous sommes devenu l’une des courroies de transmission permettant de faire tourner l’économie – quel rôle valorisant ! – en offrant aux élèves un havre soi-disant imperméable à la progression du Covid.

Depuis que je suis entré dans l’Éducation Nationale et, je le soupçonne, depuis bien plus longtemps, nous devons être tout ce que notre hiérarchie exige à la fois.

Et, pendant ce temps, le sens se fait la malle.

Et, pendant ce temps, nous nous demandons ce que nous sommes, au fond.

Actuellement, tout le monde semble avoir une idée très précise de ce que doit faire un prof. En fonction de ce qu’il a été comme élève, de ses valeurs, de son éventuel rôle de parent.

Et le prof devient cet ectoplasme, que chaque collègue tentera de solidifier, de par sa formation, son éthique, ses convictions.

On enseigne sur une montagne branlante. C’est un travail d’équilibriste.

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