Samedi 11 décembre

Je suis toujours à contretemps. Pour tout. C’est comme n’importe quel autre trait de personnalité, on apprend à vivre avec.
En ce moment, c’est avec le boulot. Une semaine avant les vacances de Noël, et un probable départ du lycée dans lequel je remplace. Encore que. Ce départ a été tellement repoussé que je ne jure plus de rien. Et me voilà en train de bosser avec une rigueur dont j’ai rarement fait preuve. J’ai beau avoir tenté de prendre du recul – j’ai même aimé l’avoir, ce recul, qui me permettait de ne pas à trop avoir à m’engager – j’ai fini par être attiré dans le champ gravitationnel. Désormais, je suis prof de lycée. Les expériences que j’ai vécues auparavant ne flotte plus autour de moi, comme des fantômes. Elles ont été soigneusement rangées dans les boîtes à souvenirs. D’où je devrai probablement les sortir d’ici quelques semaines.
Narcissisme, je me regarde dans la glace après avoir couru : je suis un peu moins dégueulasse que d’habitude. La rigueur dans un domaine, ça tire tout le reste : je suis régulier dans mes révisions d’agreg, ma pratique sportive, ma préparation de cours. Encore une fois, à contretemps. Sauf pour l’agreg, espérons.
Hier, j’ai eu T. au téléphone. Qui s’est sauvé – dans tous les sens du terme – en changeant de boulot. Parfois, je me demande si quitter l’Éducation Nationale me permettrait, moi aussi, de me préserver. Et dans le regard du reflet, que, pour une fois je parviens à soutenir, je lis quelque chose d’un peu plus déterminé. D’un brin plus serein. Cette année, différemment mais comme toujours, mon métier fait de moi une meilleure personne.
Et j’ignore si je pourrais vivre ça ailleurs.
Alors pour l’instant, je me dis que je n’ai pas besoin d’être sauvé.







