Lundi 3 janvier

J’aime pas du tout commencer mes cours l’après-midi. Tu arrives un peu déphasé alors que les élèves comme les collègues sont déjà à fond dans leurs activités, tu as raté trois pétages de câbles et six potins. Tu commences au ralenti et le train du bahut te roule dessus.
Commencer dans un collège (nous l’appellerons le Collège Hoshido) au deuxième trimestre, c’est un peu la même ambiance. Je débarque dans un immense collège de campagne en pleine ambiance “matinée pluvieuse d’une Bretagne hivernale”. Commençant à être un peu rodé aux aléas du TZR, je me dirige vers la vie scolaire comme le requin de Jaws sur des nageurs. La vie scolaire, ça peut devenir tes filles et des gars sûrs, si tu prends le temps d’aller les voir. Bingo. Je suis vite orienté vers l’administration où je récupère le kit de survie : clés, carte de cantine, et les sacro-saints codes de photocopieuse et de session d’ordinateur, ce qui me permet de me relancer consciencieusement dans une entreprise de déforestation d’envergure.
Petit à petit, les collègues arrivent. Bonjours et vœux. Et, bien sûr, d’emblée, la série Hoshido reprend. Je tente de me raccrocher aux wagons, bien qu’ayant raté une saison entière. Des noms d’élèves, des projets qui défilent à une vitesse ahurissante, petit Samovar un peu paumé dans le tourbillon. Heureusement, je me raccroche aux valeurs classiques : la prof-doc, qui accepte sans transpirer du sourcil de recevoir les classes du mec qui ne les a pas encore rencontrées, et une collègue TZR, présente depuis le début de l’année et remarquant les ondes d’égarement que je semble émettre de l’autre bout de la salle des profs.
“C’est un collège d’habitués, me dit-elle en rigolant. Mais il y a moyen d’être bien ici.”
Pas le temps de méditer sur cette phrase, il est temps de rencontrer mes classes. Trois cinquièmes et une sixième, je les vois tous une heure par jour, équilibre plutôt chouette de l’emploi du temps.
On se déshabitue vite. Six mois passés loin des collégiens m’ont fait oublier un axiome simple : tout fait réagir un préado. Surtout les cinquièmes. Il faut donc que je mette très vite le holà après les bonnes années de rigueur, les questions au nouveau prof (“Vous aimez bien les enfants monsieeeeeeur ? Et les arbres ? Parce que mon père il est paysagiste !”), les disputes ramenées dans la classe, les oublis d’affaire et j’en passe.
Cinq heures à retrouver mes réflexes de prof de collège : se montrer limpide, ne jamais briser trop brutalement le rythme du cours, être précis, être clair, être à l’affut des moindre manquements…
Je ressors rincé de cette première journée. Comme n’importe quel autre TZR, il va falloir que j’apprenne à danser au rythme d’une musique dont je n’ai pas encore saisi la tonalité.
Mais il y a moyen d’être bien ici. Moyen de vivre des aventures, toujours. Laisse-toi un peu de temps.