Mardi 4 janvier

Sans doute parce que nous sommes déjà au deuxième trimestre à mon arrivée, les classes ont déjà une identité bien à elles. À l’exception d’une cinquième, j’ai repéré dans les classes auxquelles j’enseigne des lignes de force, des dynamiques… Leurs légendes s’écrivent déjà.
À commencer par les sixièmes Tiplouf, qui ressemble assez à l’image que l’on se fait des sixièmes quand on est à la mi-juillet et qu’on s’est remis de l’année passée : des mômes hyper attachants, enthousiastes, que ce soit pour distribuer des copies, apprendre un texte de théâtre ou redresser la poubelle qui vient de tomber. Ils ne savent pas s’il faut souligner en rouge ou en noir, sourient sous leur masque, et sont capables de totalement ostraciser les élèves qui ne partagent pas leur gentil délire et deviennent donc, pour eux, d’affreux méchants. Un monde de bisounours à dents pointues, dans lequel il y aura un peu de complexité et de rigueur à verser.
Les cinquièmes Ouisticram, eux, sont tellement loin sur le chemin de la quatrième que je m’étonne que les garçons ne soient pas déjà en train de muer. En ceci qu’ils sont totalement tournés vers leur petit groupe. Les histoires et les potins circulent à toute vitesse, les apartés et les blagues personnelles aussi. Il a fallu que j’attaque la carapace avec un cours béton et quelques menaces voilées pour que, d’un regard blasé, ils daignent me prêter attention.
Mais, comme des presque quatrième, ils commencent aussi à devenir des individus. Ils sont mignons, à cacher leurs goûts personnels. À venir te voir à la fin de l’heure pour te demander si tu as déjà lu, vu ou joué à ça. Avant de repartir en ricanant un peu.
Ricanement que je n’ai pas – encore – entendu chez les cinquièmes Gardevoir, qui flottent dans une sorte de sérénité assez rare au collège. Ils acceptent le cours sans protestation ni difficulté, louchent sur les énhaurmes erreurs d’orthographe que je pointe pour les corriger et calent leur volume sonore sur ma voix. C’est très amusant à constater.
Et ils lisent. Beaucoup. Alors certes, je tique quand je constate que c’est du Katherine Pancol, mais merde, ils sont en cinquième.
Des couleurs et des voix, toutes différentes, auxquelles il faut rapidement s’adapter. Heureusement, avec les années, on devient agile. C’est bien l’un des rares domaines de ma vie où je me sens de plus en plus leste.