Mardi 11 janvier

Depuis mon retour au collège, j’ai dû retrouver un pouvoir primordial : celui de dire non. Ne nous mentons pas, je déteste refuser. Il y a toujours en moins cette petite voix, âgée d’environ cinq ans et demi, qui couine “Oui mais si tu refuses un truc, tes élèves ils vont moins t’aimeeeeer !”
Je ne suis pas suffisamment versé en psychologie de l’adolescence. Mais j’ai constaté que les collégiens, surtout en cinquième et quatrième, négocient. Tout le temps, en permanence. Un délai supplémentaire, un report du contrôle, une punition moins grave, s’asseoir à côté de truc ou bidule.
“Non.”
Il y a beaucoup de chose, dans ce non. De nombreux ingrédients, une cuisson délicate. Ni trop ferme, ni trop mou. Ne pas le rendre agressif, ne pas en faire le seul mode de communication. Non. Voici matérialisé le lieu dans lequel nous évoluons, et tu viens de rencontrer une de ses limites.
Ils savent y faire, les mômes. Sans méchanceté. Ça fait partie du jeu. Ils vont reposer la question, attendre un moment où nous sommes assez submergé.
Il ne s’agit pas d’être intransigeant. Mais de fixer, par ces trois lettres qui se doivent rassurantes, les bords du cadre. Non.
Ce n’est pas le moment le plus intéressant d’une découverte de classe. Mais ne brûlons pas les étapes. Pour que ce soit beau, il faut aussi en passer par là.