Lundi 17 janvier

Je me rappelle souvent avec un peu de terreur, de dérision et beaucoup de réflexion de cette sortie de I., collègue devenue Personnel de Direction, lors de l’une de mes premières conversations avec elle : “Le premier trimestre, je ne fais pas cours avec les élèves, je les dresse !”
I. aurait Twitter, elle aurait enflammé le réseau (et elle s’en serait foutu). Mais ce qu’il y a d’intéressant, dans sa réplique un tantinet bourrine, c’est cette évocation d’un moment incontournable : celui où l’on s’apprivoise, prof et élèves.
Apprendre les limites, les uns des autres. Dans un rapport qui peut facilement devenir jeu de domination. Ou d’énigme. Que puis-je accepter d’eux, qu’accepteront-ils de moi ?
Et pour la première fois de ma vie, j’arrive alors que les jeux sont déjà faits. Ce chapitre est clos, les élèves ont leurs codes, leurs habitudes, leurs rites. Arrivant à la quasi-moitié de l’année, je suis l’intrus, qui danse sur un rythme étranger. Et je ne m’attendais pas à me trouver aussi déstabilisé. Désagréable impression de retard.
Mais c’est aussi le jeu. S’accrocher. Non pas pour les dresser mais pour trouver ma place – et la leur – dans ce tableau chaotique de l’année scolaire 2021-2022. Un inconfort dont je me serais sans doute passé. Mais qui m’apprend aussi.