Jeudi 20 janvier

La cinquième Dardargnan est celle qui aura mis le plus de temps à se concrétiser. Sans doute parce qu’elle se compose des personnalités les plus disparates. Il y a des élèves vraiment excellentes, tout comme Emélia, qui semble considérer absolument normal d’avoir lu la moitié de ma liste de conseils de lecture du chapitre en deux semaines et demie (quinze bouquins quand même) ou Jeane, qui pourrait limite passer le CAPES de lettres, quand je vois la façon dont elle explique les règles les plus retorses de l’accord des verbes pronominaux sans jamais perdre son calme.

Il y a aussi Maximillian. Un môme du chaos. Peut-être moins en colère que Yonas, dont j’ai déjà parlé en ce journal, mais souhaitant tout autant semer le chaos dans la classe. Parce que ça l’amuse. Et que me voir conserver un flegme de lady britannique face à ses mignonnes algarades l’énerve.

Et puis, bien sûr, il y a Nel. Le beau gars sportif de la classe, que tout le monde admire, respecte, ou aime un peu. Nel qui a passé une bonne semaine à se demander s’il allait devoir lutter avec moi pour une place de domination.

Mais Nel, plus que sa place au sommet de la pyramide sociale de cinquième Dardargnan, aime la compétition. Et le fait que j’ai transformé chaque heure en un petit défi à la fin duquel ils présentent leurs productions lui plaît suprêmement. Alors il abandonne ses grands airs pour se lancer dans la compétition : “J’aurai le droit au bonus, monsieur ?”

Aux côtés de Nel, son inévitable acolyte, Flik. Flik le suiveur, celui qu’on ne regarde pas trop, forcément. Un peu gauche, rigolo, cherchant toujours à plaire à son alter ego solaire. Flik aime le foot, et pas trop travailler et :

“Elle est jolie votre trousse, Flik.”

C’est un fait. Une trousse très sobre, cousue dans un tissu bleu à grosses fleurs. Pas du tout le genre d’objet que l’on s’attend à trouver sur la table d’un collégien, plutôt une possession d’adulte. Il me regarde avec une candeur qui, concentrée, pourrait percer la croûte terrestre.

“Merci, c’est moi qui l’ai cousue.
– Ah… Ah bon ?
– Oui, il y a un endroit à côté de chez moi, les gens apprennent leur savoir aux jeunes. Moi j’ai choisi la couture. Vous voyez, c’est fait main, regardez les points.”

Il retourne le tissu pour me montrer une série de petits arceaux d’une régularité absolue. Je pense à l’étui de tissu que M. m’a confectionnée, quelques semaines plus tôt.

“Ça vous plaît, la couture ?
– Oui, j’aimerais être designer plus tard. Mais pas forcément en vêtements hein, dans tout ce qui est meubles aussi.”

Flik parle avec un entrain tranquille, et même Nel s’est arrêté dans sa préparation de fiche-bilan qu’il doit présenter à la classe pour l’écouter. Il plane une jolie petite musique sur la cinquième Dardargnan. Un peu dissonante parfois, comme toujours au collège. Mais jolie néanmoins. Pourvu que ça dure.

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