Lundi 24 janvier

Demain, c’est l’agrégation. Alors pour une fois, je ne vais pas parler d’éducation, mais de ce qui me donne du courage. Une anecdote totalement anodine, mais que je me donne le droit de consigner ici.

Quand j’étais en seconde, je n’avais pas le droit de regarder de films d’horreur. N’étant pas un ado sociable, je n’avais pas tellement eu l’occasion de déroger à la règle. Alors, j’écoutais ce que racontaient les copains. On est en 1997, je suis en seconde et les Spice Girls chantent Wannabe. Je parle avec C. qui a vu Scream au cinéma. Et j’ai toutes les peines du monde à imaginer l’intrigue, n’ayant presque pas de modèles de référence. C. évoque l’épouvantable apparition qui massacre des jeunes gens les uns après les autres. Et puis il y a ce bref échange.

“Et donc, là, il attaque Sidney, la fille, et elle s’en sort.
– Mais comment est-ce qu’elle fait pour s’en sortir ?
– Ben… Elle se bat, et elle est trop forte pour le tueur.”

Les explosions les plus bruyantes sous mon crâne sont toujours advenues par la pop-culture. C’est le cas cette fois-là. Même s’il y a un tueur, même s’il semble invincible, Sidney Prescott est capable de lui échapper. Non. Ce n’est pas ça qui est dingue. Ce qui est dingue c’est que ce n’est pas une fatalité. Le tueur peut échouer, peut ne pas réussir à tuer, quelqu’un peut se battre contre lui.
Je suis en seconde et, même pour un lycéen, très naïf. Mais il se joue pour moi quelque chose de primordial. L’autodétermination, le pouvoir de la fiction, l’indépendance.

Je verrai Scream dans l’amphithéâtre du lycée l’année suivante, on a eu la cassette vidéo pour le club ciné. Ce sera chouette, surtout de voir Sidney casser la gueule à Ghostface, mais pas aussi puissant que ce que j’avais imaginé. Aucun regret, je m’en doutais.

Et c’est resté. Ce souvenir ne me donne pas un regain de courage, lorsque je l’évoque. Mais il me rappelle que je peux en trouver, que je peux imaginer Sidney refuser au tueur ce qui le définit. D’en faire juste un connard dans un costume grotesque.

Parmi le tourbillon de pensées qui m’assaillira demain, il y en aura une qui soufflera vers Woodsboro.

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