Mardi 25 janvier

Pour la première fois depuis quatorze ans, je me retrouve à la place de mes élèves. Enfin pas tout à fait. Mais sur une chaise, un stylo à la main. Et c’est parti pour sept heures. Le fameux concours de l’agrégation, que je tente pour la première fois. J’ai de la chance, je le passe juste parce que je veux améliorer mon confort de prof. Et pour une autre raison, qui est le secret au centre de mes secrets. Je l’ai préparée dans mon coin, et, probablement, de façon beaucoup trop chaotique. Je ne sais pas vraiment faire autrement, à moins d’y être contraint.

Et alors que le sujet est déposé devant nous, alors qu’une petite voix me souffle que de toutes façons c’est inutile, que ça fait trop longtemps, que je suis trop vieux, ce n’est plus la conscience qui fonctionne, c’est quelque chose de beaucoup plus ancré. La salle 003 du lycée de Kerichen, la chambre d’internat. Pas de nostalgie, mais des réflexes, qui refusent l’usure du temps. Les textes prennent petit à petit sens, les idées s’organisent. Elles sont encore un peu floues, mais une alarme fuse dans ma tête, il est temps d’écrire. Je termine avec juste assez de temps pour la relecture.
Sans doute les connaissances n’y étaient pas encore. Pas assez ajustées. Mais les réflexes oui. Je n’en tire aucune fierté, ça fait partie de moi. Comme j’ai fini par acquérir un instinct pour savoir exactement à quel moment lancer quel sort quand je joue prêtre sacré à World of Warcraft. Comme je paniquerai toujours, quoi qu’il arrive, quand je dois prendre le train. Comme je m’endors en moins d’une minute. J’ai cette capacité à m’organiser lors d’un devoir sur table. Et mine de rien, à presque quarante ans, ça me rend heureux de m’en rendre compte.

Laisser un commentaire