Jeudi 27 janvier

“Ah mais tu savais pas !”

C’est probablement l’une des phrases que j’entends le plus souvent, depuis que je suis arrivé au collège Hoshido. Et je commence à croire que je vais l’entendre encore un bout de temps. Quand je me retrouve coincé à l’entrée du collège (“Il n’y a plus de clés à prêter, ah mais tu savais pas !”) que je me suis pris la tête avec un élève particulièrement odieux (“Il vit une situation familiale très compliquée, ah mais tu savais pas !”) ou que je ne trouve plus les documents enregistrés sur l’ordinateur (“on avait parlé d’un reset des serveurs au début de l’année, ah mais tu savais pas !”). J’enchaîne les faux pas dans la danse de cet établissement au fonctionnement bien huilé. Je rote à table et parle avec un accent étrange, ça gêne un peu tout le monde : ça ressemble à ça.

Ce n’est la faute de personne. Quand je suis arrivé, on m’a donné beaucoup d’informations, les plus importantes, et tout le monde est reparti vaquer à ses occupations : tenir à flot un gros bahut dont les effectifs de classe varient autant que mon humeur chaque jour en raison de la situation sanitaire et d’un protocole aussi pratique qu’un marteau pour pêcher à la ligne. Et il me manque plein d’infos : celles qu’on échange à l’oral lors de la première journée, celles sur des documents qu’on avait tiré à assez d’exemplaire en septembre mais qui, en janvier, n’existe plus, les idées qui se sont exprimées oralement entre collègue à la suite de réunion. Et je sais qu’il serait injuste de ma part d’en vouloir à qui que ce soit. Ironie du sort : moi qui mettait un point d’honneur à vouloir accueillir le mieux possible les collègues lorsque j’étais en poste fixe à Ylisse, je me rends à présent compte à quel point les contractuels et TZR arrivant en cours d’année ont dû être désarmés.

Ah mais je ne savais pas. J’ai un retard que je peine à combler, et qui grève ma relation aux classes et à l’établissement. C’est un nouvel obstacle que je vais apprendre à gérer. S’il y a une chose que j’ai appris dans ce métier, c’est qu’il faut rester leste, le sol n’est jamais stable.

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