Vendredi 11 février

“Est-ce que vous pensez que je devrais la faire tester ?”

Au téléphone, la mère avec qui je parle a l’air véritablement soucieuse. Ce n’est pas que Nei ait des difficultés, bien au contraire. Elle entame son collège comme elle a terminé l’école primaire : à la perfection. Nei pulvérise les moyennes ou les évaluations de compétences, suivant le bizarre cocktail de ce collège, s’investit dans tout un tas d’activités en plus.

“Son maître de CM2 se demandait si elle n’était pas surd… Haut potentiel, et son prof de maths aussi. Vu que maintenant, vous leur apprenez le français, je me demandais…”

Je déglutis pour me donner du temps. Depuis que j’enseigne, j’ai acquis quelques connaissances éparses sur les “hachepéhis”, les “zèbres” ou tout autre terminologie entendues lors de formations en morceaux, d’articles péniblement croisés. Mais comme à chaque fois que je dois donner un avis informé, le tiroir correspondant au renseignement en question me semble désespérément vide.

“Elle vous a dit qu’elle était heureuse, au collège ?
– Oh oui, je ne l’ai jamais vue aussi épanouie !
– Moi aussi. Donc… Peut-être que ce n’est pas la peine.
– Pas la peine ? Mais si elle est haut potentiel, et qu’elle n’a rien à faire en sixième.
– Elle est heureuse. Elle ne s’ennuie pas, de ce que je constate, ou de ce que voient mes collègues. Elle apprend des choses, très vite, et se fait des relations. Peut-être que plus tard, ce sera pertinent. Mais pour le moment, c’est une belle réussite, d’avoir une enfant et une élève aussi bien dans sa peau.”

Mon laïus me semble des plus branlants. Mais j’y crois d’autant plus. Il y a tant de moments de résistance, tant d’obstacles. C’est bien aussi, parfois, quand la route est douce.

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