Jeudi 17 février

Je le brame à longueur de billets : mon estime de moi est tellement ridicule qu’elle ferait rire une puce si on la lui montrait au microscope (Greg et Achille Talon, toujours dans nos cœurs) : si ça permet de conserver une humilité de bon aloi, c’est aussi très pénible dans le quotidien de prof.
Il y a notamment cette réaction très puérile mais quasiment invincible, qui se produit quand j’entends quelque collègue que ce soit parler de sa méthode de travail ou de gestion de classe. Aussitôt, c’est branle-bas de combat sous ma caboche et je pars du principe qu’il FAUT que j’agisse de la sorte, que l’intégralité de ce que j’ai mis en place en quatorze années ne vaut rien, et que je dois mettre ça en place pour l’heure qui suit.
C’est irrationnel, débile, immature, et tout autre adjectif qui vous viendra à l’esprit. Mais je ne parviens pas à combattre cette pulsion et il me faut en général une bonne heure pour redescendre et pour que ma conscience me rappelle gentiment que je suis en plein délire.
De temps en temps, ça a ses avantages. Parce que je découvre des matériaux qui m’aideront à construire et à me construire. Je les éprouve de façon très concrète. Mais j’aimerais pouvoir le faire comme tout le monde. Par exemple en lisant. Et pas en me retrouvant confronté à des incertitudes métaphysiques juste avant le cours de grammaire.
C’est aussi ça, ce boulot : être confronté aux aspects les plus étranges, les plus humiliants de sa personnalité.
Et tenter d’en faire quelque chose de chouette.