Samedi 26 février

Lors de ces trois premières années d’enseignement épouvantables – je n’étais clairement pas prêt pour la profession – mon état mental a oscillé entre la résignation et le découragement profond. J’ai souvenir de cette période comme d’un dégât des eaux, dans une baraque vétuste, occupé par des gens peu bricoleurs. On voit les taches grossir. Les gouttes s’accumulent et finissent par couler le long des murs, dangereusement proches des appareils électriques. Alors on essaye de gérer au quotidien. On éponge. On va au boulot jour après jour. On écope les heures.

Je suis des plus chanceux qui soient. Parce que des gens exceptionnels, collègues, amoureux, famille, lapins ont été là pour moi. Ils m’ont aidé à mettre mes meubles à l’abri, mon estime de moi hors de la montée des eaux. Jusqu’à ce que j’ai la force de faire face à ces problèmes. En acceptant qu’ils n’étaient pas tous de mon fait. En revoyant ma méthode d’enseignement, sans me culpabiliser. En apprenant à prendre du recul.

L’eau s’était infiltrée de partout. Mais, encore une fois, j’ai eu de la chance. Le découragement ne s’est pas changé en dépit. Les murs n’ont pas irrémédiablement pourri, et j’ai pu remplacer les parties de ma vie professionnelle qui ne tenaient plus du tout. Malgré tout, il reste des traces. Lors d’un conflit avec des élèves, lors de mes interactions avec les classes du collège Hoshido, que je ne comprends pas encore, je vois les marques que ce dégât des eaux, cette souffrance du jeune prof a laissé. De vieilles cicatrices, qui me racontent qu’il y a une issue. Elle demande l’énergie de réclamer et recevoir de l’aide. Elle demande, parfois, aussi, les étincelles d’un peu de chance. Mais elle est là.

À tous ceux pour qui c’est difficile. À tous ceux qui ont peur que chaque jour soit gris. Je ne vous promets pas forcément des lendemains qui chantent. Mais des éclaircies. Et des présences pour vous aider à reconstruire.

Prenez soin de vous.

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