Mardi 1er mars

Il y a, dans la série Utena, un plan qui me donne beaucoup de forces. Un personnage gît, vaincu au sol. Pendant ce temps, les conséquences de sa défaite se déploient. C’est très esthétique, un peu surréaliste, comme Utena sait l’être.
Et puis, le personnage en question tape du poing sur le sol. C’est un sol en pierre, ça doit faire très mal. Mais le personnage a trouvé, au fond de sa défaite, la volonté de faire ça. Et de se redresser. Et, en fin de compte, de gagner.
Ces derniers temps, alors que je ne me sentais absolument pas à ma place au collège Hoshido, cette image m’a aidé à me lever le matin, à aller en cours, et à enseigner selon mes principes. En vacillant, en me disant que ça n’allait pas marcher. Mais en continuant à le faire malgré tout.
Et, comme un rouage qui se débloque et se met tout à coup à tourner, ça commence à fonctionner. Pas parce que j’ai trouvé la solution. Mais parce que les mômes commencent à comprendre la logique de mes cours, je pense. Ils comprennent pourquoi j’insiste sur certains détails, moins sur d’autres. Ils pigent que le très peu de devoirs que je donne doit être fait absolument. Les instants où il faut bosser intensément, celui où le rythme est plus détendu. Ils pigent ce que je n’accepte absolument pas et ce sur quoi je suis plus coulant. Nous travaillons enfin en bonne intelligence.
J’ai su intégrer ma musique dans la partition d’un établissement et de classes qui ne m’attendaient absolument pas, qui n’avaient pas à m’attendre. Et je regrette que ç’ait été douloureux. Je finis par avoir le cuir épais, mais je me rends compte que j’ai souvent tendance à minimiser la souffrance ou les doutes de collègues, jeunes et moins jeunes, qui éprouvent le même genre de problèmes à leur arrivée dans un établissement, dans le métier. Qui n’ont, à bonne raison, pas forcément envie de taper dans la pierre, pour se relever. Parce que ce boulot n’a pas à être un sacerdoce ni un chemin de croix.
Mais il est aussi rarement une impasse. Promis.