Lundi 7 mars

Depuis quelques cours, on s’est lancé avec les cinquièmes dans des mini-travaux d’écrits, ce qu’on appelle, pour faire pédagogiquement correct, des “jogging d’écriture” (j’aime pas trop le terme), qu’on a baptisé avec la classe des défis. Autour de l’écriture du voyage.
Raconter en trois phrases sont plus beau voyage, en bateau ou dans les pages d’un bouquin, faire de son village une page du Livre des Merveilles de Marco Polo, décrire un animal fabuleux…
Toutes les fois où j’ai tenté ça, auparavant, ça c’est soldé par des échecs retentissants. Les mômes trouvaient ça débile, n’avaient pas d’idée, en faisaient un sur trois.
Je ne sais pas pourquoi j’ai insisté. Peut-être par fierté mal placée, par paresse, ou parce que j’avais envie que ça fonctionne.
Et ça a fini par payer. Les trois classes attendent avec impatience d’attraper le carnet bricolé à partir de feuilles pliées en deux. Rigolent ou s’indignent faussement devant le défi du jour. Et se mettent tous – tous, c’est exceptionnel – à écrire. Souvent, ils lisent ce qu’ils ont écrit, on rit, on réfléchit. Des trucs simples. Des trucs de classe.
Parfois, il faut des années pour que ça fonctionne une fois. Ça n’est jamais vain.