Jeudi 10 mars

Les sixièmes Tiplouf du club théâtre s’apprêtent à voter. À voter parce que là, Titouan exagère. Ça fait un mois qu’il n’apprend pas son texte, et qu’il n’est pas sérieux dans les répétitions.
“Mais vous lui en avez parlé ?
– Ben non monsieur. Mais vous voyez, même là, il est encore en retard. Il sait qu’on a pas beaucoup de temps, aux heures de midi, et même là…
– Néanmoins, il faut attendre et lui en parler.
– D’accord, fait Anabelle, qui est un peu la cheffe de ce petit groupe de mômes. De toutes façons, Bernadette veut bien le remplacer. Alors quand il sera là, il expliquera pourquoi il devrait garder son rôle, et Bernadette expliquera pourquoi elle devrait le remplacer…”
C’est à cet instant que Titouan arrive, l’air vainqueur. Son sourire de gamin insupportable se fige. Anabelle ne se démonte aucunement.
“Ah, te voilà ! Tu as entendu, ce qu’on va faire…
– Non, je suis pas d’accord, lance Souhaila brutalement.”
Souhaila est très menue, n’élève jamais la voix. Mais lorsqu’elle parle, on l’écoute.
“C’est le rôle de Titouan, c’est à lui de dire s’il veut le garder.
– Mais moi je veux le garder, le rôle !
– Ben faut que tu le montres alors, réplique Souhaila sans même tourner la tête vers lui.”
Silence de mort. Dans ma tête, tournent les mots de “grande éthique”. Je ne cherche pas à analyser ni à creuser. Je me contente d’un “On ne perd pas de temps. On se met en place.”
Pour la première fois depuis le début, Titouan joue vraiment. Et avec beaucoup d’énergie. À tel point qu’il est applaudi, à la fin de la répétition. Il vient me trouver, lorsque, à peine vingt minutes plus tard, la sonnerie retentit.
“Je savais pas que j’en avais tellement envie.”
On en apprend, des trucs, au collège.