Vendredi 11 mars

Il y en a toujours une avec qui ça coince.
En tant que prof de lettres, on a souvent un service de quatre classes. Et, invariablement, ça finit par tourner avec trois d’entre elles et ça coince avec la quatrième.
J’ignore pourquoi. Est-ce que c’est une mystérieuse loi des statistiques ? Où est-ce que je ne me conditionne pas, de mon côté pour que ça tourne de cette manière là, une sorte de fiction inconsciente ? Est-ce que mon psychisme est incapable de supporter plus de soixante-quinze mômes et à cent, je vrille ?
Je ne déteste pas la quatrième classe. Je n’y vais jamais la boule au ventre. Je ne suis même pas résigné. Simplement, j’en ressors toujours un peu surpris que, malgré la bonne volonté que j’ai cru y déployer, ça ait déconné. Les élèves qui dysfonctionnent dysfonctionnent plus fort, les indifférents sont carrément mutiques. Le travail est fait avec mauvaise volonté, même les petites activités spéciales préparées juste pour eux. C’est un peu triste.
Il y a tous les ans une quatrième classe. J’espère que les élèves ne s’en rendent pas trop compte, que je suis à la peine. Probablement que si. On ne peut pas réussir avec tout le monde. Mais un an à ne pas comprendre pourquoi, à ne pas comprendre comment ce lien ne se tisse pas, c’est long.