Lundi 14 mars

6h45 : Je me réveille d’un songe particulièrement agréable, mettant en scène Jake Gyllenhaal et un nombre assez astronomique de framboises. Une légère raideur dans le dos me rappelle que :

1. Tout ceci n’était hélas qu’un rêve.
2. Je suis actuellement en voyage scolaire, accompagnateur de secours de quatre classes de quatrièmes que je ne connais pas, et que le bus qui nous a conduit nuitamment dans les Pyrénées s’apprête à arriver.

J’ai dormi trois heures et ma seule qualité consiste à trouver réparateur un sommeil, même cours, dans n’importe quelle position que ce soit. Tu me laisses en boule sur ton plancher en fin de soirée, je serai très content.
Je m’étire donc avec délectation et croise le regard d’un collègue à qui je demande bêtement s’il a bien dormi. Le regard hésitant entre la haine et l’incompréhension me fait comprendre que, comme bien souvent, j’aurais été inspiré de la fermer. Autour de moi, les mômes, un brin sonnés par un trajet à base de nuit passée à rigoler et de bonbons bouffés en cachette ouvrent péniblement l’œil. Un démon sadique en moi ricane dans l’expectative de ce qui va arriver.

Car cette journée est pour le moins intense. Débarquer les valises, attribuer les chambres (je m’en charge avec toute la dignité d’un présentateur aux oscars mâtinée de la délicatesse d’un sergent instructeur dans un film de Kubrick), déjeuner en quatrième vitesse (en répandant au sol une quantité non négligeable de Miel Pops), préparer le pique-nique, s’engoncer dans tout un tas de vêtements de skis, prendre le téléphérique – dans lequel je me retrouve à gérer les semi-crises de panique de deux gamines et beaucoup de faux cris de frayeur – pour finalement arriver à la cahute dans laquelle on nous équipe.

C’est là où je dois vous confier mon éternelle perplexité quant à cette activité qu’est le ski. Je ne nie pas que descendre des pistes enneigées, c’est assez rigolo. Mais l’investissement temps-souffrance-attente / fun me paraît assez en défaveur de ce sport. Nous passons près de deux heures à essayer des casques, des skis, et surtout des chaussures plastiques d’une rigidité épouvantable. Je conseille d’ailleurs aux amateurs de sports d’hiver de ne plus jamais se moquer des drag-queens, se dandiner dans des bottes de ski, c’est rigoureusement la même expérience niveau souffrance que d’arpenter un défilé costumé de façon extravagante (ne me demandez pas comment je le sais).

Comme souvent dans ce genre de situations, la responsabilité fluctue. Et si j’ai, jusque là, été un simple observateur, je me retrouve, du fait de quelques impondérables, en charge d’un immense groupe d’élèves, tandis que mes collègues passent leur propre matériel. Je ne connais aucun de ces mômes. Je n’ai pas de quatrièmes et suis au collège Hoshido depuis peu de temps. Nous discutons. De tout, de rien. Et vous avez déjà fait du ski monsieur, et vous êtes prof de quoi, et j’aime bien votre masque et vous savez que je fais de l’équitation ?

Je serai, pour eux, une sorte de joker. Je le sais, je l’ai déjà vécu. Le mec qu’ils croisent une semaine, qui est prof mais pas leur prof, dans un contexte plutôt fun. Et je dois avouer que ça me convient.

Le soir, après quelques courtes heures passées sur les pistes, entre file d’attente et premières chute, verre entre collègues.

Jusque là, je suis ici pour les raisons que j’avais souhaitées.

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