Mercredi 16 mars

La maison de santé de S. est très propre, toute neuve. Je l’observe avec circonspection et un peu d’affolement.

Pour la première fois de ma vie, je n’y suis pas venu pour moi. Pas juste pour moi, plus précisément. Les déesses du hasard s’étant rendues compte que je complexe terriblement à l’idée d’être (encore plus) inutile (que d’habitude), ont frappé deux élèves de pathologies habituelles lors de voyages scolaires : gastro qui n’en n’est pas tout à fait une, mal au cœur, à la tête… Et lorsqu’on a douze heures de trajet entre les parents et les enfants qui nous sont confiés, on prend ça plus au sérieux que jamais.

Le médecin diagnostique rapidement mon exploit sur les pistes (petite élongation, douloureuse mais sans gravité, soit une allégorie parfaite de mon existence), avant de recevoir les deux mômes. Pendant ce temps, je deviens, avec celle qui patiente, le prof qui garde. Elles se confient, posent des questions un peu personnelles, parlent des sports qu’elles pratiquent, des problèmes dans les chambres. Le prof-mono-grand-frère-pour-une-journée. Moi qui était venu avant tout pour expérimenter des trucs inédits, je suis servi.

Pendant ce temps, via WhatsApp, les classes déboulent sur les pistes, se baladent en raquette. Une vie temporaire et fragmentée. Un quotidien de montagne qui se met en place.

C’est également cela, la vie d’élève. La vie de prof.

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