Samedi 19 mars

Le bus arrive aux alentours du collège Hoshido tandis que, dans mes écouteurs, Carrie Fisher finit la lecture de sa deuxième autobiographie. J’ai passé la nuit lové dans la voix de la Princesse Leia. Encore un moment mémorable.

On enchaîne, un peu plus violemment, sur la descente des élèves du bus. Il est cinq heures du matin, il fait froid. Tout le monde souhaite que ce moment soit le plus bref possible, afin de ne conserver que les beaux souvenirs. Mais, quand tu es prof, ça n’est jamais bref. Nous nous caillons pendant près d’une heure et deux élèves n’ont pas été récupéré par leurs parents. Et sonnent les téléphones.
Je suis vieux, j’ai eu mon premier portable à dix-huit ans. Ça fait quoi, de ne pas avoir ses parents qui répondent, quand on les attend, à cinq heures cinquante-six du matins, sur, un parking ?

Je suis de mauvaise humeur. Un truc qui me poursuit depuis mes cinq ans. Quand on me dit que quelque chose est terminé, c’est terminé. Mon égoïsme grille la priorité à tout le monde : je veux rentrer. Alors je décide que je raccompagnerai un des mômes chez lui. Après tout, à Grigny on le faisait tout le temps. Dans un brouillard, je vois l’autre môme monter dans la voiture qui le raccompagnera chez lui. Je parviens à en ressentir un micro-soulagement, mais reste un connard fatigué. Je conduis T., un peu éberlué dans sa rue. Je parviens à décrocher deux trois sourires, je n’ai pas non plus envie de l’effrayer.

Il descend dans le froid, et avant de se tourner, m’explique pourquoi sa maman n’a pas pu venir le chercher. Il le savait déjà. Mais je ne le lui avais même pas demandé, dans mon égoïsme nocturne.

Ce retour a un goût un peu amer. Mais tout le monde est rentré à bon port, c’est ce qui importe.

Trente kilomètres plus tard, moi aussi.

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