Lundi 21 mars

Les résultats de l’agrégation interne de français tombent ce matin : je suis refusé(e), c’est pas moi qui le dit mais le site des résultats des concours qui le dit en rouge.
Comme la totalité des gens me connaissant depuis plus de quinze secondes le savent, je n’ai aucune confiance en moi. Mon ego a la fragilité d’un vase Ming ascendant jour de foot (#pastaper), et pourtant, je ressens une étrange sérénité face aux résultats qui s’affichent sur la page. Parce qu’ils ont du sens.
Je suis reparti dans l’univers des concours après quatorze ans de boulot. Un boulot qui me passionne, que j’aime d’amour, mais dont les cimes ne sont pas dans la didactique ou l’analyse textuelle. Je suis reparti brutalement, suite à une sorte de miracle aquatique, je suis reparti comme je l’ai toujours fait : un peu tout seul, un peu n’importe comment.
Les notes que j’ai obtenu ont du sens. Elles me disent qu’un concours pareil nécessite que l’on connaisse le protocole. Que l’on se baisse devant quelques fourches caudines. Chose que j’ai eu la paresse de faire. Mais elles sont assez hautes pour me rappeler que dans mon crâne, quelque chose fonctionne encore correctement. Que je n’ai pas totalement refermé la porte derrière laquelle, il n’y a finalement pas si longtemps, quelque chose de brillant était capable de se jeter sur le sens des mots. D’en éclairer la géométrie secrète.
Peut-être cette force a-t-elle diminué. Mais elle a désormais des appuis. Un poil plus de rigueur. Un peu plus d’amour pour elle-même. Et surtout, tellement de regards bienveillants posés sur elle.
Je n’ai aucune confiance en moi, et, corollaire, suis d’un narcissisme affolant. Qu’il en soit ainsi. Je repartirai dans ce concours parce qu’il souffle sur des braises qui me réchauffent, qu’il m’en apprend davantage sur moi.
Et qu’un jour de juin, il y a eu un miracle.