Mercredi 23 mars

“Je m’arrête plus, le ski c’est trop bien !”

Ainsi parla Ambre en dévalant la piste verte, le dernier jour de son séjour scolaire à la montagne. Entretemps, Ambre avait tempêté. Grogné. Pleuré, aussi.

“Je déteste ça, je déteste le ski, je hais tout ça.”

Une heure passée avec elle. À me demander si ça n’est pas une phobie. S’il n’y a pas une forme de cruauté à la poser en haut de ce dénivelé et exigé qu’elle glisse à la suite de ses copains qui se marrent (ou du prof qui fait les mêmes bruit que Luci dans Désenchantée, autant vous dire que ça n’est pas classe).

Fierté de la voir s’amuser enfin. Et puis on croise le sourire mi-attendri, mi-amusé d’une collègue : “Ambre elle est comme ça pour absolument tout. Que ce soit en classe ou ailleurs. Elle se met toujours en opposition avant de se lancer. Et après, il n’y a plus aucun problème.”

Et en effet, de problème il n’y a plus. De remerciement non plus d’ailleurs, Ambre ne m’adressera plus la parole du séjour. Et j’ai, comme à chaque fois, ce petit coup de froid à la poitrine, et non ce n’est pas une maladie. Après tout ce temps passé à enseigner, je devrais pourtant bien savoir qu’il n’est pas question d’attendre une quelconque gratitude. Mais il y a ce déséquilibre permanent : on va surinvestir ou, au contraire, sous-estimer la gravité d’une difficulté d’élève. Et lorsque l’on s’en rend compte, il y a toujours ce moment, de confusion, de doute, de gêne, ou même parfois de honte. Ce sont des ados, et de temps en temps, oui, ils se font une montagne d’un rien.

Mais de temps en temps non.

Nombre de collègues ont cette capacité à analyser au plus juste le comportement des mômes. J’en suis totalement dépourvu, alors j’ai toujours le curseur au plus haut, position “Mais qu’as-tu mon choudoudou ?” Et souvent, ça te fait passer pour le mec que l’on peut facilement berner. Et qui reste comme un con pendant qu’Ambre continue à se la jouer Reine des Neige à l’approche des tire-fesses.

Au fond, est-ce que c’est si grave que ça ? Elle passe enfin un bon moment. Et moi aussi.

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