Jeudi 24 mars

L’année dernière, quand je jouais beaucoup à World of Warcraft, je partais beaucoup à l’aventure avec Zul, le chaman, Poppy le guerrier et Larkin le chevalier de la mort. Moi, j’étais un guérisseur. On s’est frotté à des parties du jeu particulièrement compliquées. Et, comme aucun d’entre nous n’avait lu la notice, l’un d’entre nous se heurtait parfois à des lacunes. On avait convenu d’un truc :
“Apprenez-moi.”
On pouvait le sortir n’importe quand, même dans un donjon qu’il fallait terminer en une poignée de minutes. On avait besoin de reparamétrer nos touches, de changer l’affichage, de comprendre quelle attaque éviter avant tout ? On demandait. “Apprenez-moi.” Tant que la phrase n’avait pas été prononcée, on fonçait à travers les terres d’Azeroth sabre au clair.
“Apprenez-moi.”
Il n’y a pas de phrases magique. Mais parfois des stratégies qui se transposent. En cinquième Gardevoir, on fait comme dans World of Warcraft.
“Monsieur, apprenez-moi : c’est quoi la différence entre et et est ?”
Il n’y a pas une réaction. Il y en avait dans les autres classes, donc on a abandonné. Tout le monde attend. Ou parfois, l’un d’entre eux se propose. C’est très banal, ce que je raconte. Mais c’est aussi exceptionnel. Pour cette poignée d’élève, le “apprenez-moi” a banni les complexes et les regards qui se détournent quand, pour la huitième fois, je sors mon “tout le monde a bien compriiiiiis ?” Toutes et tous le prononcent presque sur le même ton que Poppy le guerrier : un timbre neutre, un peu froid. On a besoin de ça pour avancer.
Ça n’est en aucun cas une révolution de la pédagogie, cet impératif. C’est à peine un succès. C’est un pas fait dans la bonne direction avec quelques mômes.
Et quand on connaît l’aspect infiniment fugace de l’éducation, c’est immense.
(image tirée de World of Warcraft)