Mercredi 6 avril

À Grigny, les élèves étaient à vif. Tout les faisait réagir. Tout le temps. C’était épuisant mais, quelque part, c’était facile. Quel que soit le sujet abordé, je savais qu’ils allaient avoir – trop – à dire. Et à partir de ces interventions chaotiques, on pouvait construire.

Les élèves du collège Hoshido sont tout le contraire. Ils absorbent ce que je leur dis. Une véritable vortex. Les résultats des évaluations sont bons, mais j’ai la sensation qu’on étudierait l’annuaire téléphonique, La Recherche ou une version punk du petit Chaperon Rouge, ils auraient la même réaction.

Et puis arrive Molière.

Ça a mal commencé. J’ai donné de ma personne, pourtant. Je leur ai joué sa biographie, ils ont fait des cartes mentales chiadées, on a imaginé la salle de théâtre idéale en s’inspirant des théâtres antique, élisabéthain, à l’italienne.

Et puis arrive Argan, Le Malade Imaginaire. Et Angélique, destinée à se marier.

“Mais… Elle est forcée ?
– Bah non, elle peut pas être forcée.
– Si, lis, elle est obligée !
– N’importe quoi, c’est pas possible !”

Ça n’est pas grand-chose. Mais le texte, juste le texte de Molière, a enfin réussi à remuer un intérêt autre que purement scolaire en eux. Et je me souviens de cette phrase de R., ma prof de théâtre : “Les mots sont plus grands que nous.”

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