Lundi 11 avril

La duplicité.
Elle est laide, la duplicité, chez les collégiens. Les lèvres peintes, le maquillage appliqué maladroitement, la démarche hésitante. Ils mentent, mal. Nous sourient et se foutent de nous dès qu’on tourne le dos. Se moquent de celui qui parle trop, de celle qui se trompe, avant de leur demander un service.
Ils sont doubles. Ils apprennent à l’être.
Elle est belle, certains jours, la duplicité. Ils ont décidé de se montrer sous leur meilleur jour. Le collier est droit, la coiffure parfaite jusqu’à la dernière mèche. Ils vont se montrer sérieux, concentrés. Participer, proposer. Pour voir ce que ça fait, d’être bon élève.
Avant, quand je débutais, je les traitais avec froideur, quand ils arrivaient, scène trois acte un, rôle du bon élève.
Il faut, je pense, être indulgent. Ils apprennent. Ils apprennent qu’il faut s’adapter. Que notre esprit contient des multitudes. Des masques, que nous revêtons tour à tour, de plus en plus habilement. Qui peuvent nous dévorer, si nous n’y prenons pas garde. Il faut, je pense, leur apprendre à maîtriser cette puissance. Car elle fait, elle aussi, de nous des êtres humains.