Jeudi 14 avril

Encore une fois, j’aperçois les candidats à la présidence de la République triturer de leurs gros doigts le métier que j’exerce. Et tente de faire mon auto-critique : suis-je de ces enseignants que l’on caricature dans les médias, aux yeux de qui aucun ministre, aucune politique ne trouvera jamais grâce ?
Une partie de moi a juste envie de gueuler qu’y a qu’à pas coller des incompétents à ce ministère. Une autre que la réponse est plus compliquée. Cette impression d’incommunicabilité. Que nos dirigeants passent leurs mandats à faire des compromis dans un domaine qui peut pas se le permettre.
Suis-je en train de pécher par orgueil ? Probablement. J’ai, à l’égard de mon boulot, une fierté immense, qui brûle. Moi, le complexé par nature, l’imposteur perpétuel, l’incapable, je ne me sens jamais aussi important que lorsque j’entends que je suis prof. Et je pense que cet orgueil est essentiel. Pour protéger nos mômes et ce qu’on leur met dans la tête, pour montrer que oui, le savoir et l’éducation sont des ressources infiniment précieuses. Quand bien même on ne les voit pas, quand bien même on ne peut en faire le bilan. Et ça, c’est l’aporie qui rend dingue nombre de nos responsables. Nous travaillons sur un temps long. Infiniment soumis à des éléments extérieurs. Impossible de savoir si la méthode mise en place il y a trois ou même cinq ans portera ses fruits chez un adulte. Nous sommes un pari sur l’avenir.
Et ça cadre mal avec notre monde de l’urgence.
Alors oui, mon orgueil, et celui de nombre de collègues, est un rempart. Contre de gros doigts qui aimeraient qu’on soit compétitifs, concrets. Et qu’on baisse la tête.