Mercredi 27 avril

Je mène la vie dure à Ignacio. Parce qu’Ignacio est un cinquième dans toute sa splendeur : foutraque en diable, prenant la parole quand une idée lui vient à l’esprit, et ayant énormément de mal à comprendre que le rythme auquel il avance – souvent rapide – n’est pas celui de ses vingt-neuf camarades.

Il y a rarement de protestation quand je lui fait des reproches. Juste un regard de ses grands yeux bruns qui me donne envie de cracher la vérité : je suis fan d’Ignacio. De sa propension à tout saisir à la volée. De son humour ravageur, et d’une culture générale qu’il utilise non pas pour écraser les autres – jamais de “tu connais pas ça, toi ? Pffff !” si courant dans ce bahut – mais pour enrichir le cours. J’adorerais offrir à ce môme la complicité que j’ai partagé avec une dizaiCne d’autres élèves.

Mais ce ne serait pas un service à lui rendre.

D’abord on doit passer par la rigueur. Par la patience et l’humilité. Même si ça m’enquiquine, même si ça serait plus rapide, plus drôle de directement partager avec lui deux ou trois blagues, qui le mettraient dans ma poche. Mais cette relation ne lui serait d’aucun secours pour le reste de sa scolarité, ou de sa vie d’adolescent et d’adulte.

Alors je lui explique. Le réprimande, parce qu’il n’a pas envie de comprendre, pour l’instant. Sans jamais oublier de l’interroger, ou de lui faire partager ses découvertes avec le reste de la classe. C’est lent. Et je n’arriverai peut-être pas à ce moment qui me serait tellement agréable.

Mais j’ai aussi signé pour ça.

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