Jeudi 28 avril

Heure de trou en salle des profs. On règle des questions administratives, on prend un café, on ajuste des projets commun. K. est en train de remplir des documents pour ses stagiaires.
La discussion tombe sur le fait que, dans ce grand collège de campagne, d’où l’on vient parfois de loin, tous les collègues ne se connaissent pas toujours. “Il est trop tard dans l’année pour demander les prénoms”, rigole avec un poil de frustration une collègue d’espagnol.
Je raconte qu’à Ylisse, ce genre de truc n’était pas concevable. Qu’après deux semaines, tout le monde connaissait non seulement le prénom, mais aussi les passions, voir la série préférée de chaque collègue. Et partir à 17h01 relevait de la science-fiction.
Je ne me rengorge pas – plus – de ces comportements. Bien des choses étaient différentes. L’âge d’abord. À vingt-trente ans, tu as souvent plus d’occasion pour rester papoter. Et puis c’est vital, vu l’ambiance de pas mal de bahuts de région parisienne. C’est une réalité différente. Pas forcément meilleure, pas forcément pire. C’est.
Malgré tout, je raconte les petits déjeuners du jeudi matin, ou le mois pâtisserie au lycée Gallia, ça passe souvent par le ventre, la douceur. Ça serait facile à transposer. Et ce serait agréable.
Ce serait rigolo que, avec tout ce que j’ai vécu à Grigny, le truc que j’essaime le plus, c’est les chouquettes du jeudi.
Rigolo. Mais pas si futile que ça.