Lundi 2 mai

Il y a quelques années à Grigny, ils ont installé des chaises à roulettes dans les salles de techno. Il a été for-me-lle-ment interdit aux élèves de s’amuser avec, genre en faisant des courses dans la salle.
Le vendredi soir, deux ou trois fois, on a fait des courses de chaises à roulettes dans les très longs couloirs du collège. Avec des rires de sales gosses, qui emplissaient le bahut de toute la joie d’alors trentenaires en train de retomber en enfance.
Quand je suis arrivé à Hoshido, je n’ai pas repéré A. tout de suite. Pas plus que K. ou F., d’ailleurs. Trop gros bahut. Tard dans l’année. Timidité.
Et pourtant maintenant, c’est du même rire de sales gosses qu’on se marre, A. et moi, quand on discute, qu’on imagine des projets pas possibles, que ce soit de faire un gatoscope ou la customisation pirate de la salle des profs. A. est, comme moi, TZR, comme moi, prof de français, pas comme moi, dotée d’une impressionnante crinière de cheveux et d’une capacité à écouter étonnante.
On s’est trouvé un peu par accident. Et par choix, on transforme le collège en lieu d’aventures, de débats et d’improbable. On le remplit de grandes conversations et de blagues nulles. Traverser cette fin d’année avec A., c’est comme quand tu fais la course, quand tu es gamin. Tes jambes se tordent dans tout les sens, tu as l’impression que tes poumons vont exploser d’une seconde à l’autre, et pourtant tu trouves encore, dans le vent qui te mord les oreilles, la force de crier vers le ciel.
Deux sales gosses. Deux profs.