Mercredi 4 mai

En cinquième, il y a Loubna. Loubna dont le carnet de correspondance virtuel est bardé de remarques. Loubna qui traîne avec les élèves qui tentent la provocation envers les adultes à toutes les sauces, Loubna qui est dans “les histoires”.

Loubna que je ne pige pas en cours.

Elle ne parle quasiment jamais. Observe la classe derrière de grosses lunettes et m’adresse toujours un sourire sincère. Très régulièrement, elle me lance une énormité : “Monsieur, je peux me déplacer et m’asseoir à côté d’Untel ? (toujours celui qui fait le plus de boxon)”. “Monsieur, je peux sortir mon téléphone pour vérifier un truc ?” “Monsieur, l’évaluation, si je la fais pas, vous faites quoi ?”

Et le reste du temps, elle suit le cours. Le regard pas juste concentré. À force de boulot, je connais ces pupilles. Elle est vraiment dedans. Et quand elle intervient, au moins une fois par heure, c’est toujours pertinent. Pas seulement une bonne réponse. Une remarque qui tire le cours vers plus de rigueur, d’exigence. Sans jamais mettre le prof en difficulté, mais une demande de davantage de renseignements.

Pourtant, ses notes sont au mieux moyennes. Je n’ai pas eu le temps de m’occuper de Loubna, son étrange comportement ne la mettant pas au premier rang des mômes dont il faut s’occuper urgemment. De plus, elle semble plutôt bien dans sa peau et, hey, je ne suis que le remplaçant.

Mais il y a un truc. Un mystère serein chez cette élève, qui me fascine. À se demander si elle teste ses pouvoirs de manipulations, comme souvent quand on devient ado, ou s’il y a derrière ses étranges attitudes quelque chose en plein éveil.

Il y a, dans ce boulot, tant de beaux mystères.

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