Mercredi 18 mai

“Tu es le fantôme de la salle des professeurs”, rigole B. tandis que je me sers un café alors que les collègues partent en cours.

Je balance une réplique branlante, concernant mon emploi du temps gruyère. Parce que j’aime bien quand B. me chambre et réciproquement. Et parce que lui, il doit retrouver des élèves immédiatement, et pas dans une heure, comme moi.

Mais si j’avais le temps, je lui dirais qu’il n’a pas tort. J’ai souvent été le fantôme de la salle des profs, quels que soit les bahuts que j’ai traversés. C’est l’apanage du TZR, que de camper dans ces entre-deux. Parfois fraîchement rénovés, peinture toute neuve et petites salles pour travailler. Parfois petit coin dans lesquels on campe sur une chaise, des paquets de copies sur les genoux.

Mais à chaque fois, des gens.

Si je n’avais pas été un fantôme de la salle des profs aujourd’hui, je n’aurais pas pu entendre K. me raconter l’un des spectacles de danse les plus étonnant qu’elle a jamais vu. Ou parler de Tanukis avec A. Je n’aurais pas appris le nom de la collègue de SVT que je croise depuis le début de l’année mais dont les horaires habituels empêchent toute communication.
Si je n’étais pas un fantôme de la salle des profs, ces établissements dans lesquels je suis projeté en tant que remplaçant me seraient bien plus froids. Et comme cette situation est probablement amenée à durer, il me faut aussi, d’une certaine façon, habiter ces lieux. Les habituer à ma présence.

Alors je m’y crée des souvenirs, d’une façon ou d’une autre.

Ça implique, pour moi, d’habiter la salle des profs. Parce que c’est là que j’y constitue les constellations de regards et de voix qui me porteront dans mes missions.

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