Vendredi 20 mai

Évaluation pour les cinquièmes Vulcanion. La classe, habituellement bouillonnante, est d’un calme absolu. C’est le souci de ce groupe, avec lequel je ne parviens hélas toujours pas à connecter : ils ne se montrent concentrés que dans les scènes les plus traditionnels de la vie collégienne. Le cours magistral, l’évaluation, les engueulades. Dès qu’il s’agit d’apprendre un peu différemment, ça vrille. Tout l’inverse des Gardevoir. Dans les deux cas, ça rend l’enseignement assez crevant.
Je m’approche de la table d’Ivan et voit le môme cacher un truc sous sa trousse.
“Ivan.
– Y a quoi, j’ai rien caché !”
Étouffant le commentaire sarcastique sur ses compétences de dissimulation qui me vient, je me contente de tendre la main.
“Allez. Histoire que vous puissiez continuer le contrôle tranquillement.
– Vous me punirez ?
– J’ai besoin de savoir ce qui s’est passé d’abord.”
Je tente de ne pas élever la voix, les autres élèves contemplant la scène avec tout l’anticipation du peuple romain quand entrent les lions. Après quelques secondes, Ivan me tend un rectangle plastifié que j’identifie au premier regard.
“C’est l’aide-mémoire que je vous ai donné sur la nature des mots.
– Ben oui.
– Mais… Vous faites un contrôle sur les temps des verbes.
– Je sais. C’est juste, j’aime bien l’avoir avec moi.
– Donc vous n’étiez pas obligé de le cacher.
– Non mais je voulais pas que ça se passe mal.
– Pourquoi ça se serait mal passé ?
– Ben… quand même…”
Il a raison. Nous sommes au mois de mai et, souvent, avec la cinquième Vulcanion, ça se passe mal. Quand jusqu’alors, j’ai toujours trouvé au moins un pis-aller avec mes élèves, je ne parviens pas à créer un cadre un peu chouette avec eux.
Je m’en veux un peu, mais pas tant que ça.
Clairement il y a eu des occasions manquées. Mais j’ai tenté pas mal de choses. Et je ne suis peut-être tout simplement pas le prof qu’il leur faut.
Ça arrive.