Mardi 7 juin

C’est un réflexe que je n’ai jamais réussi à acquérir, et pourtant c’est la première, ou deuxième règle, à la limite, quand on s’adresse à des élèves : ne parle pas sur leur bruit.

Je suis désorganisé. Et souvent, lorsque l’heure de cours commence, je voudrais que ça aille vite. Que l’on puisse se mettre en activité tout de suite, que les choses se lancent.

Mais ça n’est pas possible.

Au début, il faut le silence.

Et ça n’est pas une question de pouvoir, ou de domination. C’est juste que chaque cours, chaque enseignement a son tempo. Et que pour lancer le métronome, il faut que la musique individuelle de chacun se mette en pause.

“Ne parle jamais sur leur bruit”, c’est M. qui m’avait appris ça. Parce que c’est inutile. Si les mômes ont déployé la bulle de leur parole, tes mots n’entreront pas.
Mais ça me semble si difficile. Parce que je reste, malgré tout ce que je peux dire, le mec qui est arrivé dans ce métier en imposteur. Pour qui les trois premières années ont été cauchemardesques. Je reste celui dont une petite voix susurre en permanence qu’il n’a rien à leur apporter, alors pourquoi t’écouteraient-ils, ces mômes ?

Ne pas parler sur leur bruit, c’est aussi m’entendre. Et même après quatorze ans, ça m’est difficile. Mais c’est capital. Et c’est l’un de mes combats, jamais gagnés.

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